Robert POUYAUD, peintre

1901 - 15 février 1970

Le peintre et sculpteur Robert Pouyaud naît à Paris le 9 décembre 1901. Il se forme à l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs à Paris, puis auprès du sculpteur Pierre Vigoureux. En 1920, il découvre l'œuvre d'Albert Gleizes (1881-1953), l'un des fondateurs du cubisme. À partir de 1924, Pouyaud travaille dans l'atelier de Gleizes et produit une peinture cubiste. Il expose ses œuvres au Salon des Artistes Indépendants à Paris. En 1927, il fonde en collaboration avec Gleizes la communauté artisanale et agricole de Moly-Sabata, dans l'Isère, où il poursuit ses travaux en compagnie d'autres artistes. Après cette expérience, il s'installe avec son épouse en novembre 1930 à Asnières-sous-Bois, où vivent ses parents, et où il fabrique dès lors avec son père des châssis pour toiles peintes. La principale ville proche d’Asnières est Clamecy, située à une dizaine de kilomètres. Pouyaud reçoit, pour la collégiale Saint-Martin de Clamecy, la commande d’une statue de sainte Thérèse de Lisieux, qu’il réalise en 1933 dans un style figuratif, dans la carrière d'Avrigny, proche d'Asnières. À partir de la même année, il donne des cours particuliers de dessin à Clamecy. L’artiste expose dans cette ville certaines de ses œuvres en 1935 ; en 1936, il offre plusieurs de ses créations au musée de Clamecy. L’administration des monuments historiques lui confie la réalisation de gargouilles en pierre pour la tour de la collégiale Saint-Martin de Clamecy. Pouyaud poursuit ce travail pendant l’Occupation, où il est également appelé, à partir de 1943, à enseigner le dessin d’art au collège de Clamecy. En 1942, il participe à Lyon à la fondation de l'Académie du Minotaure, qui contribue à la diffusion des idées artistiques d'Albert Gleizes. Pour Clamecy, il réalise dans la pierre d’Avrigny plusieurs sculptures : la statue du Flotteur pour le pont de Bethléem, en 1944 ; le monument aux martyrs et héros de la Résistance, en 1946 ; le monument aux 43 soldats français africains inauguré en 1948 ; la statue de Poil de Carotte pour l’école Jules Renard en 1967. D'autres sculptures et des peintures ornent des églises et chapelles de la région : l'église de Dornecy, la chapelle de la Tête Ronde à Menou... Pouyaud réalise aussi en 1948 des fresques pour le Centre social de l'usine de la S.P.C.C. (Société des Produits Chimiques de Clamecy), ainsi que des sculptures pour la chapelle Saint-Roch de cette usine. Toujours à Clamecy, il peint des fresques pour le café À Mon Oncle Benjamin, rue du Grand Marché. Il se fait aussi conférencier ainsi que metteur en scène de pièces de théâtre qui sont jouées à Clamecy aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Il écrit des publications qui portent notamment sur Vézelay et sur des considérations esthétiques. Dans les années 1950, Pouyaud donne des articles pour la revue L'Atelier de la Rose, et expose ses œuvres au Salon Regain de Lyon. Son itinéraire personnel l'amène à se convertir au catholicisme, à se faire baptiser et à se marier religieusement en 1953. L’artiste, qui a réalisé dans les années 1950 des fresques à l'intérieur de sa maison d'Asnières, laisse aussi sa marque dans l'église de la commune, où il peint le portail en 1961, puis les quatorze stations d'un chemin de croix en 1968. Robert Pouyaud aura vécu près de quarante ans à Asnières, où il meurt le 15 février 1970. 

                                                                                              Pierre-Antoine JACQUIN
                                                                                     Directeur du musée de Clamecy

 

               
Asnières par Robert Pouyaud
 

Portraits de Marie Laurencin et de Guillaume Apollinaire 

   

Roger THIEBAUT, artisan du vitrail

30 août 1927 - 1er décembre 1985

La France de la Libération est en ruine. Victimes des bombardements aériens, parmi beaucoup d’autres édifices, les églises et autres monuments religieux, et singulièrement leurs vitraux. Les restaurateurs de ces œuvres d’art étaient très recherchés. Il s’agissait de réparer, parfois de refaire à l’identique. Jamais les Maîtres-Verriers et leurs ouvriers très spécialisés ne furent aussi recherchés. Le travail ne manqua pas durant une bonne dizaine d’années. C’est à cette époque que Roger Thiébaut à peine sorti de l’Ecole des métiers d’art, située à Paris à l’Hôtel Salé ( où se trouve à présent le Musée Picasso), rencontra Raymonde Diximus, coupeuse de verre réputée. Travaillant tous deux chez de nombreux maitre-verriers, ils oeuvrèrent  à la restauration de bien des cathédrales abimées, de la mise en plomb des vitraux jusqu’à leur pose dans des conditions parfois spectaculaires..

Au début des années 1980, la résidence secondaire du couple devint alors leur habitation principale. Ils rencontrèrent et sympathisèrent avec bien d’autres habitants du village, et particulièrement des familles d’artistes, les POUYAUD et les RENOUX notamment. Ils renouèrent alors avec leur passion commune, délaissée depuis une vingtaine d’années, le vitrail. Roger s’occupa d’abord de la restauration de la chapelle d’Asnois où est installée depuis la brocante dite du « Bouc qui fume ». Enfin en 1984, naquit d’une conversation avec Cécile POUYAUD, le projet du vitrail de l’église SAINT- SULPICE.  Robert POUYAUD, peintre et sculpteur, avait effectué pour cette église le Chemin de Croix ainsi que les peintures du narthex.

 

 

Vitrail de l'église Saint-Sulpice

 

Le vitrail situé au-dessus du portail fut exécuté d’après un dessin de ce peintre. Roger s’occupa de la conception, de l’aspect technique, la réalisation toutefois fut l’œuvre commune des deux époux.

                                           Claudine Guérin-Mandon  et Patrick Thiébaut

 

René RENOUX,  décorateur de cinéma

  21 novembre 1904  - 16 mars 2000

René Renoux s’initie au métier à l'âge de quinze ans comme assistant-décorateur auprès de Jean-Barthélémy Perrier et Robert-Jules Garnier. Passé la formation, il débute dans le métier en réalisant les décors de deux films muets de Maurice Gleize, La faute de Monique (1928) et Tu m'appartiens (1929). Il travaille ensuite, de 1930 à 1935 pour la société de production Paramount, auprès d'Henri Ménessier. C’est à cette époque que René Renoux sera particulièrement remarqué pour son sens du détail et sa faculté d'adaptation à chaque réalisateur.

Parmi les 110 films auquel il est associé comme chef décorateur, on se doit de retenir au moins, La Symphonie pastorale (1946), Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy (1956) les Espions de Fritz Lang (1957) ou le Salaire de la peur  de Henri-Georges, le Bossu (1957). 

 Patrick Thiébaut

 

 

Roland MORET et Raoul CHOLLET, résistants

 

Une page sombre de l'histoire

Roland Moret est né en 1917 à Asnières, comme ses sept frères et sœurs, route de Crai, dans la maison située derrière la stèle qui lui est aujourd’hui consacrée.

C’est un enfant du village. Il y a grandi.

Jeune adulte, il part exercer le métier de pâtissier en région parisienne. Il y rencontre Colette et l’épouse. Raoul Chollet, le père de Colette devient ainsi son beau-père, mais aussi son ami, et plus encore, son camarade. Raoul est photographe de presse au journal l’Humanité. 

Repérés en région parisienne, ils gagnent  Asnières ensemble, en 1941. Là, ils travaillent dans les bois alentour, comme charbonnier, métier déjà exercé par  Philippe Moret, le père de Roland, mort des suites d’une morsure de vipère en 1922.

Très vite, les deux hommes cherchent les moyens de résister à l’occupant.

Pour avoir conduit un reportage à Clamecy, Raoul connait Robert Bucheton, responsable FTP et dirigeant local du « Front National de lutte pour l’indépendance de la France »  Il prend contact avec lui en juin 1942. Avec son aide, lui et Roland organisent alors le maquis Saint-Just, au Crôt-au-Pin qui fut un des premiers de la région.

En octobre 1942, par sécurité, le maquis déménage et s’installe à la Musse. Raoul Chollet et Roland Moret cependant continuent d’habiter Asnières. Ils sont sans conteste, les véritables initiateurs de la Résistance locale. Les actions sont multiples : cacher les réfractaires au STO, leur fournir parfois des papiers ou des tickets d’alimentation, brouiller les communications des occupants, se procurer des armes en vue d’éventuels combats, les dissimuler, distribuer clandestinement des tracts   et des exemplaires de   la presse clandestine. 

Le 14 juillet 1942, ils mènent avec leur groupe une action consistant à fleurir dans la nuit les monuments aux Morts des environs et à déposer, près des gerbes, des pancartes invitant les habitants à rejoindre ou à aider la Résistance. Ces actes courageux, en apparence anodins, constituent, dans le contexte de l’Occupation, une prise de risque énorme.

Raoul prend aussi contact avec Jean Dugne, dit Christophe, un des responsables départementaux du FN, pour, parallèlement aux activités du maquis, aider à la mise en place du FN dans l’Avallonais.

En septembre 1943, des incendies dont on n’a jamais su l’origine sont allumés dans trois fermes du village. Soupçonnés, dénoncés, Roland et Raoul n’ont d’autre choix que s’éloigner au plus vite. Sollicités par ailleurs, pour prendre des responsabilités au sein des FTP de Reims, ils gagnent la Marne, début octobre. A ce point du récit, il convient de préciser qu’ils sont aujourd’hui officiellement innocentés pour les incendies. Privé de ses chefs, le Maquis Saint-Just se désagrège rapidement. En revanche, un groupe subsiste à Asnières et aux Bois de la Madeleine . Un peu plus tard, un petit maquis se constitue encore à Fontaine-Nouvelle.

Deux mois après leur arrivée en Marne , Raoul et Roland sont arrêtés au cours d’une réunion d’état major. Raoul Chollet, cachant sur lui une ampoule de cyanure, choisit de se donner la mort le lendemain de son arrestation, le 8 décembre 1943, à l’âge de 38 ans. Son suicide se déroule  dans les locaux de la Gestapo où il allait être interrogé (et nous savons ce que ce mot signifie). Il avait pris ses précautions pour ne pas céder à la torture.

Roland attend dans la prison de Reims. Celle-ci est bombardée et beaucoup de prisonniers profitent de la confusion pour s’évader. Roland renonce de peur que ses geôliers ne se vengent sur sa famille. Il est alors incarcéré dans la prison de Chalons. Il garde l’espoir de revoir Colette, son fils Jackie qu’il a quitté à 16 mois, et sa fille Nadine, née vingt jours après son arrestation.

Le 6 juin 1944, jour du débarquement, symbole d’espoir, lui est pourtant  fatal.  Triste jour, pour lui comme pour ses camarades, comme il l’est pour de nombreux combattants. Dans une parodie de procès, un tribunal nazi improvisé, prononce sa condamnation à mort, et ce, sans appel.

Avant d’être conduit au lieu-dit La Folie, où avait lieu les exécutions, Roland peut écrire une dernière lettre, à son épouse comme le firent de nombreux autres suppliciés. Pensant avant tout à ses proches il y précise notamment : 

« Je te souhaite beaucoup de courage pour élever nos deux poupons chéris. Elève-les dans l’honnêteté et le travail, surtout pas dans la haine contre les Allemands ; cela serait une grande erreur, même après ma condamnation à mort.  Que veux-tu, c’est la guerre, tu n’as pas à leur en vouloir. (….) »

Roland Moret est fusillé quelques heures après le verdict, avec six autres résistants. Il avait 27 ans.

Il n’y eut aucune autre arrestation dans cette affaire, ce qui confirme que  Roland et Raoul n’ont livré à leurs bourreaux, aucun des noms de leurs camarades.

Claudine Guérin-Mandon- Patrick Thiébaut