pages de la résistance

ROLAND MORET et RAOUL CHOLLET

 

           Roland MORET est né, route de CRAI dans la maison située derrière la stèle qui leur est consacrée en 1917, comme ses sept frères et sœurs. C’est bien un enfant du village qui y a grandi. Il est parti en région parisienne exercer le métier de pâtissier. Il y rencontra Collette et l’épousa. Raoul CHOLLET, le père de Collette devint ainsi son beau-père, son ami, son camarade. Raoul était photographe de presse au journal l’Humanité. Repérés en région parisienne, ils arrivèrent à ASNIÈRES en 1941 où ils devinrent charbonniers, dans le bois, comme l’était Philippe MORET, le père de Roland, mort des suites d’une morsure de vipère en 1922. Très vite, ils cherchèrent les moyens de continuer de résister à l’occupant. Pour avoir fait un reportage à CLAMECY, Raoul connaissait Robert BUCHETON, responsable FTP et dirigeant du Front National de lutte pour l’indépendance de la France de cette ville et de ses environs. Il prit contact avec lui en juin 1942. Avec son aide, lui et Roland organisèrent le Maquis Saint-Just, au Crot-au-Pin qui fut un des premiers de France, ou en tout cas le premier de la région.

            En octobre 1942, par sécurité, le Maquis changea d’emplacement et s’installa à la Musse. Raoul CHOLLET et Roland MORET continuaient d’habiter ASNIÈRES. Ils furent les initiateurs de la Résistance locale. Les actions étaient multiples : cacher les réfractaires, leur fournir parfois des papiers ou des tickets d’alimentation, brouiller les communications entre les occupants, se procurer des armes en vue d’éventuels combats, les dissimuler, distribuer des tracts   en cachette ou   des exemplaires de   la presse clandestine. 

Le 14 juillet 1942, ils menèrent avec leur groupe une action consistant à fleurir dans la nuit les monuments aux Morts des environs et à déposer, près des gerbes, des pancartes invitant les habitants à rejoindre ou à aider la Résistance. Ces actes, en apparence anodins, constituaient, à cette époque terrible d’occupation, une prise de risque énorme.

Raoul prit aussi contact avec Jean DUGNE, dit Christophe, un des responsables départementaux du FN, pour, parallèlement aux activités du Maquis, aider à la mise en place du FN dans l’AVALLONNAIS.

            En septembre 1943, des incendies dont on n’a jamais su l’origine furent allumés dans trois fermes du village. Soupçonnés, dénoncés, Roland et Raoul partirent pour la MARNE début octobre. Je précise qu’ils ont depuis été officiellement innocentés pour ces incendies. Ils avaient, de plus, été sollicités pour avoir des responsabilités au sein des FTP de REIMS. Privé de ses chefs, le Maquis SAINT-JUST se désagrégea rapidement. Par contre, un groupe subsista à ASNIÈRES et aux BOIS-DE-LA-MADELEINE et un peu plus tard, un petit maquis se constitua à FONTAINE-NOUVELLE,

Deux mois plus tard, Raoul et Roland furent arrêtés au cours d’une réunion d’état major. Raoul CHOLLET, cachant sur lui une ampoule de cyanure, choisit de se donner la mort le lendemain de son arrestation, le 8 décembre 1943, à l’âge de 38 ans. Cela s’est passé dans les locaux de la Gestapo où il allait être interrogé (et on sait ce que ce mot signifie). Il avait pris ses précautions pour ne pas céder à la torture. Roland attendit dans la prison de REIMS. Celle-ci fut bombardée et beaucoup de prisonniers profitèrent de la confusion pour s’évader. Roland ne le fit pas de peur que ses geôliers ne se retournent contre sa famille. Il fut alors incarcéré dans la prison de CHÂLONS. Il gardait l’espoir de revoir Collette, ainsi que son fils Jackie qu’il avait quitté à 16 mois et sa fille Nadine, née vingt jours après son arrestation. Le 6 juin 1944, jour du débarquement, symbole d’espoir, fut fatal pour lui et ses camarades, comme il le fut pour de nombreux combattants. Les nazis n’hésitèrent pas, dans un simulacre de procès décidé à la va-vite à prononcer sa condamnation à mort, et ce, sans appel. Avant d’être conduit au lieu fit La Folie, où avait lieu les exécutions, il put écrire une dernière lettre, à son épouse comme de nombreux autres suppliciés. Pensant avant tout à ses proches il y précisait notamment : « Je te souhaite beaucoup de courage pour élever nos deux poupons chéris. Elève-les dans l’honnêteté et le travail, surtout pas dans la haine contre les Allemands ; cela serait une grande erreur, même après ma condamnation à mort. Que veux-tu, c’est la guerre, tu n’as pas à leur en vouloir. (….) »

  Il fut fusillé quelques heures après, avec six autres résistants. Il avait 27 ans.

Aucune arrestation n’eut lieu après la leur, ce qui confirme que  Roland et Raoul n’ont pas livré les noms de leurs camarades à leurs bourreaux.

                                                                               Claudine Guerin-Mandon